Poème pour commémorer le mois de l’histoire des femmes

Place/Rôle/Condition
George Elliott Clarke

Où est-elle donc, la place d’une femme
Si ce n’est loin devant? Car comment
La race humaine prospérerait-elle
Sans incubateur d’avenir?

Pourquoi l’envoyer derrière?
Sinon derrière le micro, la caméra.
Derrière les grandes réformes, la revoilà
Qui pousse le pays vers l’avant.

Bien aux commandes, elle pilote,
Les étoiles à portée de mains.
Figure d’autorité aussi,
Sachant guider, gérer et enseigner.

Sa place n’est pas « à la maison »
Mais là où réside le pouvoir —
Hauts lieux de la finance et Parlement,
Windsor Castle et Rideau Hall.

Sa place, bien devant,
Debout aux premières lignes
Militant, clamant, revendiquant
Pour ceux et celles que l’on retient derrière.

Le rôle d’une femme?
Ni aux cuisines ni aux torchons,
Ni servante, mais souveraine,
Dans sa juste voix.

Rôle secondaire?
Que non. Suprême —
Comme le tribunal où elle préside
et les décisions qu’elle rend, nécessaires.

Mauvais rôle? Mais non.
Tout entière investie
Dans la défense de l’égalité,
Car nul droit n’est un luxe.

Le rôle de la femme n’a rien de rétro —
Aucun désir de retourner à la cuisine,
De retourner aux couches,
Pour oublier, regretter, abandonner.

L’adversité ne lui porte pas ombrage,
Pas plus d’ailleurs
Que les silences de l’histoire
N’éclipsent son rôle civilisateur.

Alors qu’est-ce que la condition féminine?
Valorisée, vitale ―
Précurseure au riche potentiel créateur ―
Autonome, assurément…

C’est à cette condition
Que nous ferons échec au machisme,
Tiendrons tête aux imbéciles.
Emportons-nous, soyons dramatiques!

Qu’importe notre statut —
Autochtones et immigrants
Cols bleus ou cols blancs —
Que notre position soit juste

Et notre condition première,
La revendication des droits —
Du pouvoir, de l’équité —
La Victoire nous portera, loin devant.

George Elliott Clarke
7e poète officiel du Parlement (2016-2017)

Traduction : Marie-Josée Martin, écrivaine et trad. a.
Claire Rochon, poète

Place/Rôle/Condition par George Elliott Clarke

Je veux dédier ce poème à ma mère, ma tante et ma fille.

Place/Rôle/Condition

Où est-elle donc, la place d’une femme
Si ce n’est loin devant? Car comment
La race humaine prospérerait-elle
Sans incubateur d’avenir?

Pourquoi l’envoyer derrière?
Sinon derrière le micro, la caméra.
Derrière les grandes réformes, la revoilà
Qui pousse le pays vers l’avant.

Bien aux commandes, elle pilote,
Les étoiles à portée de mains.
Figure d’autorité aussi,
Sachant guider, gérer et enseigner.

Sa place n’est pas « à la maison »
Mais là où réside le pouvoir —
Hauts lieux de la finance et Parlement,
Windsor Castle et Rideau Hall.

Sa place, bien devant,
Debout aux premières lignes
Militant, clamant, revendiquant
Pour ceux et celles que l’on retient derrière.

Le rôle d’une femme?
Ni aux cuisines ni aux torchons,
Ni servante, mais souveraine,
Dans sa juste voix.

Rôle secondaire?
Que non. Suprême —
Comme le tribunal où elle préside
et les décisions qu’elle rend, nécessaires.

Mauvais rôle? Mais non.
Tout entière investie
Dans la défense de l’égalité,
Car nul droit n’est un luxe.

Le rôle de la femme n’a rien de rétro —
Aucun désir de retourner à la cuisine,
De retourner aux couches,
Pour oublier, regretter, abandonner.

L’adversité ne lui porte pas ombrage,
Pas plus d’ailleurs
Que les silences de l’histoire
N’éclipsent son rôle civilisateur.

Alors qu’est-ce que la condition féminine?
Valorisée, vitale ―
Précurseure au riche potentiel créateur ―
Autonome, assurément…

C’est à cette condition
Que nous ferons échec au machisme,
Tiendrons tête aux imbéciles.
Emportons-nous, soyons dramatiques!

Qu’importe notre statut —
Autochtones et immigrants
Cols bleus ou cols blancs —
Que notre position soit juste

Et notre condition première,
La revendication des droits —
Du pouvoir, de l’équité —
La Victoire nous portera, loin devant.

George Elliott Clarke
Poète officiel du Parlement du Canada

George Elliott Clarke

George Elliott Clarke,
poète officiel du Parlement, 2016-2017

Poète de renom, George Elliott Clarke est né en 1960 à Windsor, en Nouvelle Écosse, près de la communauté loyaliste noire de Three Mile Plains. Diplômé de l’Université de Waterloo (B.A. spécialisé, 1984), de l’Université Dalhousie (M.A., 1989) et de l’Université Queen’s (Ph. D., 1993), il est maintenant le premier professeur titulaire de la chaire de littérature canadienne E.J. Pratt à l’Université de Toronto. En plus d’avoir été professeur adjoint en études anglaises et canadiennes à l’Université Duke, en Caroline du Nord (1994-1999), Clarke a également été chercheur invité à la chaire d’études canadiennes Seagram à l’Université McGill (1998-1999), spécialiste universitaire à l'Université de Colombie-Britannique (2002), chercheur invité à l’Université Mount Allison (2005) et chercheur invité en études canadiennes à l’Université Harvard (2013-2014). Il a également travaillé comme recherchiste, rédacteur, travailleur social, adjoint parlementaire et chroniqueur. Il vit à Toronto, en Ontario, mais possède aussi une terre en Nouvelle Écosse.

Parmi les nombreuses distinctions conférées à M. Clarke, mentionnons le Prix Portia White pour accomplissement artistique (1998), le Prix littéraire du Gouverneur général en poésie (2001), la Médaille d’Or des Prix du magazine canadien dans la catégorie poésie (2001), le Prix Réussite Martin Luther King Jr. (2004), le Prix Trudeau de la Fondation Pierre Elliott Trudeau (2005), le Prix littéraire Dartmouth dans la catégorie fiction (2006) et le Prix littéraire Eric Hoffer en poésie (2009). Il a aussi été nommé membre de l’Ordre de la Nouvelle-Écosse (2006) et officier de l’Ordre du Canada (2008). M. Clarke s’est vu décerner huit doctorats honorifiques et a terminé son mandat de trois ans en tant que Poète lauréat de la ville de Toronto en 2015.

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