Au Canada, comme dans la plupart des pays occidentaux, les années 1960 ont été marquées par le changement 1. Il y a eu une montée du pacifisme, lié à la défense des droits de la personne 2 et à une nouvelle vague de revendications par les femmes. Les pressions pour faire avancer l'égalité des sexes sont nées de ce réveil du mouvement féminin, cela à une époque où la situation des femmes semblait pourtant assez bonne 3.
En effet, pendant l'après-guerre, les femmes en général ont commencé à jouir d'un meilleur accès à l'éducation et à occuper une place plus importante sur le marché du travail. Paradoxalement, même si elles étaient de plus en plus nombreuses à travailler à l'extérieur du foyer, les responsabilités domestiques des femmes n'avaient pas changé 4. En fin de compte, c'était comme si elles occupaient deux emplois à plein temps : leur emploi non rémunéré d'épouse et de mère, et leur emploi rémunéré, qui leur rapportait un salaire toujours inférieur à ce que les hommes gagnaient.
Il est donc apparu nécessaire d'apporter des changements, comme d'assurer une meilleure rémunération aux femmes et d'encourager un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale. Aujourd'hui, même si les choses se sont améliorées, ces enjeux ne nous sont pas inconnus. Toutefois, vers le milieu des années 1960, la grande question à laquelle on cherchait réponse était la suivante : Mais quelle est donc la situation des femmes? À l'époque, il existait peu d'information sur les Canadiennes et sur les moyens à prendre pour leur garantir des chances égales à celles des Canadiens 5.
Le 3 février 1967, la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada a entamé ses activités. Elle comptait sept membres : cinq femmes et deux hommes. Il s'agissait de la première commission royale à être présidée par une femme, Florence Bird, journaliste à la CBC (le pendant anglais de la Société Radio-Canada) 6. La Commission avait pour mandat : « de faire enquête et rapport sur le statut des femmes au Canada, et de présenter des recommandations quant aux mesures pouvant être adoptées par le gouvernement fédéral afin d'assurer aux femmes des chances égales à celles des hommes dans toutes les sphères de la société canadienne » 7.
La Commission royale a tenu des audiences dans 14 villes sur une période de dix mois et a attiré l'attention tant des médias que de la population canadienne 8. Au nombre des importantes répercussions de la Commission royale, mentionnons le fait qu'elle a mis en valeur l'opinion des femmes et qu'elle leur a donné une tribune pour s'exprimer. Cela a entraîné une vaste prise de conscience de la situation des femmes.
Le 7 décembre 2010 marque le 40e anniversaire du dépôt du rapport de la Commission à la Chambre des communes. Dans ce rapport, la Commission formulait des recommandations sur une vaste gamme de sujets, de l'imposition à la pauvreté, en passant par le droit de la famille et la Loi sur les Indiens.
En 1970, quand ce rapport a été déposé, la violence faite aux femmes et aux filles n'était à peu près pas reconnue comme réalité sociale ou comme crime. On constate avec ironie qu'aucune des 167 recommandations de la Commission ne portait sur la question. Toutefois, au cours des années 1980, le public est devenu de plus en plus conscient du problème et la tuerie de l'École polytechnique, survenue le 6 décembre 1989 à Montréal, l'a propulsé à l'avant-plan des préoccupations publiques.
Le 40e anniversaire du rapport de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada est bien sûr une occasion de réfléchir à l'évolution de la situation des femmes au cours de ces décennies. Il faut en profiter pour célébrer nos progrès, et puiser dans les réalisations passées l'inspiration et l'énergie requises afin de poursuivre nos efforts.
1 « Canada's 1960s: The Ironies of Identity in a Rebellious Era » article de Henry Heller (août 2009) publié sur le site Web Canadian Dimension – for people who want to change the world , à l'adresse http://canadiandimension.com/articles/2482/ (consulté le 20 novembre 2010).
2 Ibid.
3 « Mouvement des femmes – Émergence d'un nouveau mouvement des femmes » dans L'Encyclopédie canadienne, à l'adresse http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=F1ARTF0008684 (consulté le 20 novembre 2010).
4 Naomi Black, « The Canadian Women's Movement: The Second Wave » dans Changing Patterns: Women in Canada, 2e éd., sous la direction de Sandra Burt, Lorraine Code et Lindsay Dorney, Toronto, McClelland et Stewart, 1993, p. 151.
5 Ibid., p. 159.
6 Communication de Brenda O'Neill, professeure agrégée au Département d'études politiques de l'Université du Manitoba, intitulée « The Royal Commission on the Status of Women: Looking Back, Looking Forward » et disponible sur Internet à l'adresse http://www.uwc-wpg.mb.ca/royal_commission_talk.pdf (consultée le 28 novembre 2010), p. 2.
7 Rapport de la Commission royale d'enquête sur la situation de la femme au Canada, Ottawa, 1970 [en ligne : http://www.acswcccf.nb.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=400&Itemid=58&lang=fr].
8 Black, p. 160.