Table ronde : Prévenir la violence faite aux femmes et aux filles autochtones
(27 juillet 2016 – Ottawa)

Le 27 juillet 2016, l'honorable Patty Hajdu, ministre de la Condition féminine, ainsi que Anju Dhillon, secrétaire parlementaire de la ministre de la Condition féminine, ont tenu à Ottawa (Ontario) une table ronde sur la prévention de la violence faite aux femmes et aux filles autochtones. Cette table ronde faisait partie d'un vaste processus de dialogue avec les parties intéressées au pays, processus qui a pour but d'éclairer l'élaboration de la stratégie fédérale contre la violence fondée sur le sexe. Pour plus de renseignements à ce sujet, veuillez vous rendre à l'adresse suivante : http://cfc-swc.gc.ca/violence/strategy-strategie/index-fr.html.

Le gouvernement du Canada s'est engagé en faveur de la réconciliation avec les peuples autochtones au pays. Conformément à cet engagement, il a enclenché un processus de dialogue important en vue d'éclairer la conception de l'enquête nationale qui doit avoir lieu sur les femmes et les filles autochtones assassinées. Le gouvernement a aussi accepté les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation et a annoncé qu'il endosserait sans réserve la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

L'objectif de cette table ronde était de tirer parti de ces efforts en s'attardant aux mesures concrètes que le gouvernement fédéral pourrait prendre dès maintenant pour contrer la violence faite aux femmes et aux filles autochtones. Parmi la quinzaine de parties intéressées qui y ont participé, on compte des représentantes et représentants d'organismes autochtones nationaux et régionaux (inuits, métis et des Premières Nations) et d'organismes de défense des droits et de promotion du mieux-être des femmes autochtones, ainsi que des travailleuses et travailleurs autochtones de première ligne et du système d'éducation.

Points saillants

On trouvera ci-dessous un résumé des discussions. S'agissant d'un résumé, il ne rend bien sûr pas compte de tous les propos; il n'y avait pas forcément consensus sur les points recensés ci-dessous.

Les participantes et participants ont souligné qu'une approche holistique et inclusive est nécessaire pour contrer la violence faite aux femmes et aux filles autochtones :

  • L'approche doit prendre racine dans la culture autochtone et tenir compte des besoins propres aux différentes collectivités autochtones :
    • les besoins et les points de vue des membres des Premières Nations, du peuple inuit et de la nation métisse doivent être considérés comme distincts;
    • les besoins des Autochtones vivant dans les réserves ainsi que de celles et ceux qui vivent hors réserve;
    • l'établissement de programmes de justice réparatrice et de centre de guérison devrait être envisagé;
    • l'approche doit reconnaître le contexte (c'est-à-dire la pauvreté, le manque de logements et les problèmes d'accès à l'eau potable) dans lequel survient la violence et la nécessité de satisfaire aux besoins fondamentaux des populations pour prévenir la violence et l'éliminer.
  • Elle doit être axée sur la famille et respecter les besoins et les points de vue de tous ses membres (y compris ceux des hommes et des enfants);
  • Elle doit comprendre que la violence se produit dans un continuum et qu'elle peut prendre diverses formes (violence physique, sexuelle, psychologique, environnementale, spirituelle et institutionnalisée);
  • Elle doit se concentrer sur des solutions durables, à long terme qui visent aussi les hommes et les garçons :
    • établissement de programmes pour aider les garçons et les jeunes hommes à renouer avec leur identité inuite, métisse ou de membre d'une Première nation;
    • participation des hommes et des garçons à la lutte contre la violence;
    • mécanismes de soutien communautaires adaptés à la culture pour la réhabilitation des hommes qui ont commis des actes de violence.
  • La lutte contre la violence doit tenir compte du vécu des personnes bispirituelles, victimes de violence systémique; il faut veiller à ne pas les exclure en concevant la violence uniquement en termes féminins ou masculins;
  • Il faut tenir compte des besoins des personnes handicapées;
  • Le gouvernement doit adopter une stratégie holistique pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe, et tous les ministères concernés doivent s'y rallier.

Les participantes et participants étant en faveur d'une approche fondée cherchant à contrer l'oppression :

  • Les initiatives de lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles autochtones doivent respecter la culture, être dirigées par des personnes et des organismes autochtones et prendre racine dans les cultures et les traditions autochtones;
  • L'approche doit reconnaître les causes profondes de la violence faite aux femmes et aux filles autochtones, dont le colonialisme et le racisme, et tenir compte de ces causes;
  • L'approche doit aussi reconnaître que l'oppression institutionnalisée peut contribuer à la violence (les dispositions de la Loi sur les Indiens, par exemple, ou le manque de financement des institutions autochtones);
  • Plutôt que d'ajouter un volet à la stratégie générale, on devrait envisager la possibilité de créer des stratégies distinctes pour les Inuites et Inuits, pour les Premières nations, ainsi que pour les Métisses et Métis;
  • Les femmes et les filles autochtones doivent être consultées à toutes les étapes;
  • La lutte contre la violence doit dénoncer l'oppression, ce qui peut comprendre :
    • l'utilisation d'un langage qui est fidèle, respectueux et accessible et la traduction de documents en langues autochtones;
    • de la formation sur les cultures autochtones et l'oppression pour les professionnelles et professionnels et pour les policières et policiers qui ne sont pas autochtones;
    • des services de la lutte contre la violence qui sont financés et administrés séparément des services de protection de l'enfance et de la justice pénale.

Les participantes et participants ont déterminé les priorités suivantes :

  • Reconnaître les besoins propres aux collectivités dans les régions rurales et dans le Nord :
    • Trouver de nouvelles stratégies d'intervention et offrir les programmes dans les collectivités;
    • Établir des services d'intervention d'urgence, des équipes mobiles d'intervention et de soutien, ainsi que des services d'aide aux victimes.
  • Donner la priorité aux programmes de prévention et d'intervention pour les enfants et les jeunes :
    • Commencer tôt l'éducation des enfants en insistant sur le mieux-être et la création de relations saines;
    • Outiller les jeunes femmes sans leur faire porter la responsabilité des actes de violence commis contre elles;
    • Financer des programmes de promotion du mieux-être pour les enfants;
    • Créer des mécanismes d'aide à la transition à la vie adulte pour les jeunes (de 16 à 24 ans) pris en charge;
    • Contrer le problème des abus sexuels d'enfants;
    • Contrer le problème de l'exploitation sexuelle et de la traite des jeunes femmes et filles autochtones.
  • Recueillir des données, mener des recherches, réaliser des contrôles et des évaluations :
    • Les recherches doivent tenir compte de la diversité des collectivités autochtones urbaines et rurales et doivent être de nature à la fois qualitative et quantitative;
    • Le contrôle et l'évaluation des programmes autochtones doivent reposer sur un cadre de travail autochtone.
  • Assurer un financement à long terme des programmes : Les participantes et les participants ont indiqué que le financement de projets-pilotes à court terme peut donner lieu à l'insécurité et à la concurrence. Il arrive souvent que des programmes soient conçus sans jamais être implantés ou, s'ils sont implantés, qu'ils ne soient jamais évalués.

Dans l'ensemble, les participantes et les participants étaient satisfaits du travail réalisé à ce jour et ont dit qu'il était temps que les choses changent. Ils étaient d'avis que la violence faite aux femmes et aux filles autochtones ne concerne pas uniquement ces dernières, mais l'ensemble de la population. Ils ont aussi noté que la lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles autochtones pourrait orienter celle contre la violence faite aux femmes en général.

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