Réunion régionale de Vancouver
(20 juillet 2016)

Le 20 juillet 2016, l'honorable Patty Hajdu, ministre de la Condition féminine, a tenu une table ronde à Vancouver (en Colombie-Britannique). Cette table ronde faisait partie d'un vaste processus de dialogue avec les parties intéressées au pays, processus qui a pour but d'éclairer l'élaboration de la stratégie fédérale contre la VFS. Pour plus de renseignements à ce sujet, veuillez vous rendre à l'adresse suivante : http://cfc-swc.gc.ca/violence/strategy-strategie/index-fr.html.

Cette table ronde sur la VFS s'est concentrée sur les enjeux propres à la région. Une vingtaine de personnes y ont participé. Provenant d'organismes non gouvernementaux ou d'universités, ces personnes travaillaient dans les domaines suivants : soutien aux femmes handicapées, travailleuses du sexe, autochtones, nouvelles arrivantes, migrantes ou immigrantes; agressions sexuelles; prévention en milieu scolaire; politique juridique et réforme du droit.

Sheila Malcomson (députée fédérale, NPD), des membres de la Gendarmerie royale du Canada et des fonctionnaires de la Colombie-Britannique étaient également présents.

Faits saillants

On trouvera ci-dessous un résumé des discussions. S'agissant d'un résumé, il ne rend bien sûr pas compte de tous les propos; il n'y avait pas forcément consensus sur les points recensés ci-dessous.

Voici quelques-unes des considérations régionales qui ont été soulevées par les personnes présentes :

  • « Normalisation » de la violence faite aux femmes et aux filles dans le centre-est de Vancouver (Downtown Eastside) et impression qu'aucune mesure sérieuse n'est prise pour contrer cette violence;
  • Augmentation de la population étudiante, y compris dans le nord et dans des régions éloignées, d'autant plus à risque qu'elle peut être sans domicile fixe;
  • Transformation de certaines collectivités en raison de l'immigration;
  • Vulnérabilité accrue des travailleuses dans leur milieu de travail, notamment parce qu'on encourage les femmes à pratiquer des métiers spécialisés et d'autres professions à prédominance masculine.

Les personnes présentes ont échangé au sujet des besoins et du vécu de populations particulièrement vulnérables à la VFS. Selon elles, il faut :

  • Reconnaître que le taux élevé de violence perpétrée contre les femmes, les filles et les sages autochtones a un lien avec la colonisation et les pensionnats, c'est-à-dire :
    • reconnaître que la guérison comporte une dimension intergénérationnelle et passe par la « décolonisation » et une « reculturisation »;
    • « donner une voix » aux femmes et aux filles autochtones victimes de violence et parler de cette forme de violence.
  • Soutenir les nouvelles populations immigrantes et les renseigner sur les lois et les ressources mises à leur disposition au pays, car bon nombre de cas de violence contre des immigrantes ne sont toujours pas signalés :
    • situer la violence faite aux immigrantes dans le contexte plus général de la VFS en veillant à ne pas stigmatiser les communautés culturelles ou alimenter les préjugés.
  • Veiller à tenir compte des personnes allosexuelles (p. ex. : lesbiennes, gais, personnes bisexuelles, transgenres, de genre non conforme ou en questionnement quant à leur orientation sexuelle ou identité de genre) ou bispirituelles, souvent rendues invisibles ou dont le point de vue est souvent étouffé dans ce domaine.
  • Reconnaître le manque de données sur la violence faite aux femmes handicapées et de services pour ces femmes.
  • Faire de la santé et de la sécurité des travailleuses du sexe une priorité, en leur permettant de définir elles-mêmes leurs besoins et leur vécu.
  • Prendre conscience que la violence dans le contexte du commerce du sexe est différente de celle qui est commise dans le cadre de la traite des personnes.
  • Comprendre la vulnérabilité propre aux itinérantes, et la nécessité de mesurer la violence dont elles sont victimes ainsi que de mieux en comprendre la nature.
  • Comprendre la vulnérabilité des femmes enceintes et les répercussions de la violence sur leur santé.
  • Mettre des mots sur l'exploitation sexuelle des enfants, s'y attaquer et mesurer ses répercussions sur le cours de toute une vie.
  • Aider les femmes incarcérées, qui sont marginalisées, ont souvent déjà été victimes de violence et risquent d'être encore exposées à la violence après leur libération.

Des lacunes ont été cernées et on a recommandé certaines mesures pour y remédier :

  • Favoriser davantage la sécurité des femmes dans l'appareil judiciaire, car il traumatise encore les femmes à répétition.
  • Offrir davantage d'occasions de formation aux membres des corps policiers et de l'appareil judiciaire, notamment sur l'intervention dans les communautés autochtones et les façons de regagner leur confiance, de même que sur la prise en compte des traumatismes dans la prestation des soins.
  • Offrir plus de soutien aux praticiennes et praticiens, notamment sur la manière de composer avec l'usure de compassion.
  • Appuyer davantage les projets novateurs conçus localement (c.-à-d., qui ne sont pas à court terme et qui ne cadrent pas avec la formule « projet » habituelle ou le modèle pancanadien).
  • Étudier le projet de loi C-36 (Loi modifiant le Code criminel pour donner suite à la décision de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Procureur général du Canada c. Bedford et apportant des modifications à d'autres lois en conséquence) dans la perspective des femmes qui travaillent dans la rue et des femmes qui pratiquent le commerce sexuel dans des lieux clos, afin d'évaluer si elles sont en porte à faux avec la police, et de voir comment cela est appliqué partout au Canada.
  • Éliminer les obstacles administratifs, notamment en matière de collecte de données et de corrélation des données entre les provinces et les territoires de même qu'entre les différentes institutions (p. ex., entre le réseau de la santé et l'appareil judiciaire).

Les suggestions des participantes et participants pour tirer parti de ce qui fonctionne déjà :

  • Mettre davantage l'accent sur la prévention, notamment en éduquant les jeunes hommes et les garçons au sujet du consentement.
  • Poursuivre les efforts d'éducation sur les campus et s'assurer que les politiques universitaires sont dictées par la population étudiante elle-même et favorisent la reddition de comptes.
  • Adopter des approches d'intervention féministes qui tiennent compte des traumatismes, notamment celles qui reconnaissent la résistance des femmes et qui sont conçues avec la contribution de survivantes.
  • Privilégier les initiatives communautaires dirigées localement en impliquant les jeunes, notamment dans les communautés autochtones, et mettre l'accent sur la modification des mentalités au sujet de la violence.
  • Tenir une cérémonie visant à reconnaître la violence faite aux femmes et à souligner le rôle que les hommes doivent jouer pour y mettre fin, et ce, afin de favoriser la guérison des traumatismes et aussi celle des esprits.
  • Mener des activités et initiatives de commémoration pour sensibiliser le public et l'éduquer, de même que pour créer des partenariats.
  • Adopter des mesures holistiques, reconnaissant les besoins des victimes, y compris sur le plan de la santé affective, mentale et physique, mais aussi du logement abordable et de la garde des enfants.
  • Définir les résultats sous plusieurs angles, notamment en laissant aux femmes le soin de définir ce que le succès signifie pour elles (p. ex., reprendre contact avec leur culture, faire un deuil, se reprendre en main) et en prenant des mesures externes (p. ex., trouver un logement ou finir des études).
  • Agir de façon concertée, notamment dans le but d'établir des relations positives entre la collectivité et la police.

Dans l'ensemble, les personnes présentes ont souligné que la stratégie fédérale devrait tenir compte des aspects suivants :

  • la violence n'a pas de frontières culturelles ou communautaires;
  • les populations vulnérables ont des besoins particuliers;
  • il faut respecter les choix des femmes et leur droit à l'autodétermination;
  • les forces et connaissances des collectivités devraient servir à déterminer quelles solutions sont les plus efficaces
  • les partenariats jouent un rôle de premier plan pour opérer des changements.
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